Lawren Stewart Harris compte parmi les figures majeures de la modernité artistique canadienne. Membre fondateur et figure intellectuelle du Groupe des Sept, Harris envisage le paysage non seulement comme sujet de représentation, mais comme un espace permettant d’articuler des préoccupations formelles, spirituelles et identitaires.
Son œuvre des années 1920 témoigne d’un éloignement progressif de l’observation empirique. Dans ses représentations du lac Supérieur, des Rocheuses et de l’Arctique, la topographie est soumise à un processus de réduction de plus en plus rigoureux : les volumes se monumentalisent, l’espace s’épure, tandis que la couleur et la lumière acquièrent une autonomie expressive. Ses compositions s’inscrivent ainsi dans une tension féconde entre représentation et abstraction, transformant le paysage nordique en un espace idéalisé, presque métaphysique.
Son intérêt pour la théosophie constitue un élément essentiel de cette évolution. La conviction que l’art puisse rendre perceptible un ordre spirituel sous-jacent au monde matériel conduit Harris vers une pratique progressivement non objective, puis vers l’abstraction à partir des années 1930. Considéré dans son ensemble, ce passage du paysage à l’abstraction apparaît moins comme une rupture que comme l’aboutissement logique d’une recherche soutenue sur les possibilités expressives et spirituelles de la forme.